‘’ Le Ciel Nous Tombe Sur La Tête ’’
Parmi les amis – ou du moins les relations – se trouvait un employé de la Banque de Montréal qui m’avait avait fourni des plans des fondations du vénérable siège social de l’institution financière. À la Ville de Montréal, je connaissais aussi une obligeante personne qui s’était arrangée pour me laisser voir un plan des égouts de la métropole. De 7 heures du matin à 4 heures de l’après-midi, durant plus de quatre mois à respirer les miasmes de l’endroit confiné, nous creusions vers le butin. Ce fut un combat constant contre l’humidité, la maladie et l’affaiblissement, on aurait dit que toutes les saloperies qui avaient suinté des bas-fonds de la métropole depuis un siècle s’étaient ramassées là. La rue est droite comme une autoroute, nous avons pu y érigé trois petites digues de retenue pour pouvoir utiliser nos deux Zodiac. Il fallait boiser le tunnel à tous les mètres au moyen de panneaux de contreplaqué de trois quarts de pouce, maintenus par des pièces de 2×4 et par des étais télescopiques en métal. Un système d’éclairage et de ventilation sommaire avait aussi été installé. Nous nous retrouvions le matin vers 5h30 dans un restaurant pour camionneurs à Laprairie, où des filles très peu vêtues et aux charmes fanés nous servaient des petits-déjeuners prétendument érotiques. Vers sept heures, nous installions notre camion au-dessus d’un regard d’égout qui se trouvait près d’un stationnement réservé au corps diplomatique et nous descendions dans notre enfer. Nous savions par notre taupe de Sécur que la money room contenait parfois jusqu’à un demi-milliard en argent. Il nous a fallu 17 heures pour traverser le mur avec une perceuse manuelle. Nous avons su que notre but était atteint lorsqu’un rai de lumière est apparu. Tout semblait aller selon nos plans, Nous avions décidé le coup après les fêtes de 1992 et étions arrivés à Mars 1993. Un beau matin, nous avons constaté que la voûte de notre tunnel s’était effondrée et que l’air frais s’insinuait dans notre excavation. Le bonhomme printemps venait de nous faire regretter pour toujours notre coup qui venait de tomber à l’eau. Vers 7h30, le 5 Avril, une employée de la banque signalait une situation dangereuse sur le trottoir. Un arbre s’était enfoncé d’un bon mètre avec la fonte des neiges. Les curieux confirmèrent la présence d’une odeur pestilentielle qui montait des entrailles de la terre. Si l’arbre avait été convenablement planté, si le sol n’avait pas dégelé, si la chenillette n’avait pas passé, si les cols bleus avait bien planté l’arbre, les choses auraient pris une autre tournure, mais avec des si, on va à Paris. ‘’The agony of defeat…’’
Tiré du livre: Et que ça saute! : Le dernier tunnel tel que raconté à Jean-Louis Morgan

Haha, délirant cette photo avec cet extrait du livre. Ça fitte tellement…
nice
L’Arbre dénonciateur….dans la position du pendu…avec la petite fenêtre qui rappelle la prison…..excellent !